Parce le vrai goût de bouchon, ce goût terreux et de moisi qui vous cisaille le nez et vous empâte la bouche, c'est, allez? très rare ! (2,5 % des cas).
Mais le faux goût de bouchon, c'est-à-dire la collision d'un composant aromatique du vin et de molécules de chlore dans la bouteille ou dans la cuve même, alors là, oui, c'est un problème ! Appelez-moi le viticulteur tout de suite.
Mais bientôt, le bouchon de liège, à l'origine de cette confusion des genres, devrait lâcher la grappe de la filière viticole.
Jean-Michel Sorbe, viticulteur et patron de la société Sixième sens, vante avec énergie les vertus du bouchon à vis et de la? bouteille plastique. Fichtre ! Voilà tout un pan de la culture française qui s'en va avec les eaux de pluie dévalant des coteaux.
Vous n'y pensez pas, Monsieur Sorbe ! Ouvrir une bouteille de vin chapeautée d'un bouchon à vis ! Comme une vulgaire bouteille de pastis ! Et le doux bruit du bouchon libéré du goulot ? Vous en faites quoi ? Un CD pour les nostalgiques ? Allons, Monsieur Sorbe, vous n'y pensez vraiment pas !
« Nous, non, mais les pays de l'Europe du Nord, oui. Aujourd'hui, des vins de Loire, vendus à l'export, partent avec des bouchons à vis. N'oublions pas, ajoute le spécialiste, que le bouchon de liège n'a pas d'autre fonction que d'obturer le goulot pour que le vin ne s'échappe pas. En aucun cas, il ne doit laisser passer l'air pour que le vin respire. Après, tout dépend de la cave, bonne ou mauvaise, pour conserver le vin? »
L'onomatopée du bouchon expulsé hors de la bouteille est comme le tire-bouchon : un environnement culturel. Mais sur le plan technicité, Jean-Michel Sorbe n'hésite pas à dire qu'un vin dans une brique Tétra-Pak, par exemple, (eh oui comme le lait? horreur !), ce n'est certes pas présentable (imaginez un Mouton-Cadet en brique?), mais c'est parfait pour la conservation.
En plus, on peut les empiler. Les ranger facilement. On imagine la tête des sommeliers !
Bon. Poursuivons ce cauchemar pour passionnés de vin, obligés de vendre leur tire-bouchon sur e.bay. Passons maintenant, après les vertus du bouchon à vis, aux qualités? de la bouteille plastique.
Non, ne sautez pas tout de suite du haut de vos tonneaux ! D'autant que Jean-Michel Sorbe souligne que, de loin, la bouteille plastique fait illusion : on dirait une bouteille en verre. Seulement voilà, le bouchon à vis et la bouteille plastique, c'est l'archétype de la piquette.
Or, imaginez un Quinçy dans une bouteille plastique avec un bouchon à vis ! Passez-nous le défibrillateur, y'a des malaises !
N'empêche, la bouteille en plastique est plus économique et plus écologique, surtout pour le transport. Là encore, les amateurs sont debout sur les freins culturels ! Mais ce n'est qu'une question d'habitude. Dans cent ans, on y pensera plus?
Les restaurateurs s'y mettront, quand il s'agit de servir un verre au lieu d'une bouteille. Hop. On revisse. La jeune génération et les buveurs occasionnels s'y mettront. Ils misent plus sur la qualité que sur la tradition du liège et du verre. Autre innovation, beaucoup plus chère : le bouchon en verre.
Bon, avec toutes les bonnes bouteilles bouchées au liège qui dorment dans les caves, le vieux bouchon n'a pas dit son dernier mot. D'autant que le bouchon à vis ne convient pas trop pour les rouges de garde. On boit un p'tit coup pour se détendre ?
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